Notre expérience à Belur et Halebid
À Belur, je laisse mes sandales à l'entrée et je pose la main sur une des colonnes du mandapa du temple de Chennakeshava : elle tourne, lentement, sur son axe. Le guide m'explique que certaines des colonnes de ce temple ont été taillées pour pivoter sur elles-mêmes, preuve de la précision atteinte par les tailleurs de pierre hoysala. Je fais le tour de l'édifice au ras des murs, à hauteur d'œil, pour suivre les frises horizontales qui se superposent : d'abord des éléphants, puis des cavaliers, puis des scènes du Ramayana et du Mahabharata, et enfin une bande de danseuses aux poses si travaillées qu'on croirait qu'elles vont bouger. Ce temple, commencé en 1117 par le roi Vishnuvardhana pour célébrer une victoire militaire, a demandé 103 ans de travail : Belur était alors la toute première capitale du royaume hoysala.
Une demi-heure de route plus loin, à Halebid — qui fut la capitale pendant plus de cent cinquante ans avant d'être mise à sac par les sultanats voisins — je retrouve la même minutie, mais à une échelle différente. Le temple de Hoysaleswara est en réalité double : deux sanctuaires jumeaux, l'un pour le roi Hoysaleswara, l'autre pour la reine Shantaleswara, posés sur une plateforme étoilée qui multiplie les angles et donc les surfaces à sculpter. Je m'assois un moment sur les marches, face à l'un des immenses taureaux Nandi taillés dans un seul bloc, et j'essaie d'imaginer les 190 années qu'il a fallu pour achever l'ensemble. En 2023, l'UNESCO a fini par inscrire Halebid et Belur, avec le troisième temple de Somnathpur, au patrimoine mondial sous le nom d'Ensembles sacrés des Hoysala — une reconnaissance tardive pour des sculpteurs restés anonymes.
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