Notre expérience à Bijapur
J'aperçois le Gol Gumbaz avant même d'entrer dans Bijapur : son dôme gris dépasse la ligne des toits et des palmiers, immense, presque déraisonnable pour une ville de cette taille. En m'approchant à pied depuis le jardin qui l'entoure, je comprends pourquoi on le compare à celui de Saint-Pierre de Rome : avec ses 44 mètres de diamètre, c'est le deuxième plus grand dôme du monde, et il coiffe une seule salle sans le moindre pilier intérieur. Ce mausolée fut achevé en 1656 pour Mohammed Adil Shah II, par un architecte nommé Yaqut, et je me demande, en levant la tête, comment on a pu faire tenir une telle masse de pierre sans support.
Je monte l'escalier étroit qui grimpe dans l'épaisseur d'un des quatre minarets d'angle, marche après marche dans l'obscurité, jusqu'à déboucher sur la galerie des chuchotements, tout en haut, à la base du dôme. Un gardien local me fait une démonstration : il tape dans ses mains d'un côté de la galerie, et le son me revient, dédoublé, sept ou huit fois de suite, porté par la courbe parfaite du plafond. De là-haut, la ville entière s'étale à mes pieds, plate et poussiéreuse, avec ce dôme qui semble avoir atterri au milieu par erreur.
Je redescends et rejoins à pied l'Ibrahim Rauza, à l'autre bout de la vieille ville. Le contraste est total : là où le Gol Gumbaz impressionne par sa taille brute, ce mausolée plus ancien, construit pour Ibrahim Adil Shah II et achevé par son épouse Taj Sultana peu après sa mort en 1627, séduit par la finesse de ses sculptures de pierre et de sa calligraphie arabe gravée sur chaque surface. Les historiens racontent que le fils d'Ibrahim aurait fait construire le Gol Gumbaz, plus tard, uniquement pour rivaliser en taille avec le tombeau de son père, faute de pouvoir rivaliser en élégance.
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