Notre expérience à Chikmagalur
Je me réveille dans un homestay planté au milieu d'une plantation de café, et la première chose qui me frappe, avant même le café servi sur la véranda, c'est l'odeur : celle des cerises de café qui sèchent sur de grandes bâches au sol, sucrée et un peu fermentée. Mon hôte m'explique que la région de Chikmagalur est considérée comme le berceau du café en Inde : la légende locale veut qu'un saint soufi nommé Baba Budan, au retour d'un pèlerinage à La Mecque, ait rapporté en cachette sept grains de café volés au Yémen, cachés dans sa barbe, et les ait plantés ici même dans les collines.
Je pars avant l'aube pour grimper le Mullayanagiri, point culminant du Karnataka avec ses 1 925 mètres. Le sentier grimpe d'abord entre les rangs de caféiers à l'ombre de poivriers, puis sort de la plantation pour attaquer les derniers hectomètres à découvert, sur une herbe rase battue par le vent. Au sommet, la brume matinale se déchire par endroits et laisse apparaître les crêtes voisines des Ghâts occidentaux, dont celle du Baba Budangiri (1 895 m), qui a donné son nom au saint de la légende — un sentier de randonnée relie d'ailleurs les deux sommets pour ceux qui ont une journée entière à consacrer à la marche.
En redescendant par un autre chemin, je traverse une plantation où les cueilleuses travaillent en silence, sac de toile en bandoulière, et je repense à cette phrase que m'a dite mon hôte le matin même : à Chikmagalur, on ne visite pas des monuments, on visite un paysage de travail, façonné génération après génération autour d'un grain de café.
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