Notre expérience à Chitradurga
En arrivant par la route, je mets un moment à comprendre ce que je regarde : ce que je prenais pour une simple colline rocheuse est en réalité une muraille, puis une deuxième, puis une troisième qui apparaît un peu plus haut. Les habitants appellent ce fort « Kallina Kote », le fort de pierre, ou encore « Elusuttina Kote », le fort aux sept enceintes — et ce n'est pas une figure de style : je vais effectivement franchir sept murailles concentriques avant d'atteindre la citadelle sommitale, sur un site qui s'étend sur plusieurs centaines d'hectares.
Je passe la première porte, étroite et coudée pour ralentir tout assaillant, puis une deuxième, puis je me perds un peu entre les passages qui serpentent entre les blocs de granit naturels et les pans de muraille construits par la main de l'homme — les Chalukya puis les Hoysala ont posé les premières pierres, avant que les Nayaka de Chitradurga n'agrandissent considérablement l'ensemble entre le XVe et le XVIIIe siècle. Mon guide s'arrête devant une brèche dans un des murs et me raconte l'histoire d'Onake Obavva : lors d'un siège mené par les troupes de Hyder Ali en 1779, cette femme du village aurait découvert seule une faille dans la défense et aurait tenu la brèche avec un simple pilon à piler le grain (onake), jusqu'à ce que les gardes soient alertés. Une statue lui rend hommage aujourd'hui à l'entrée du fort.
Je grimpe encore jusqu'à la citadelle, en passant devant des citernes taillées dans la roche : le système de récupération des eaux de pluie, ingénieux, permettait au fort de tenir un siège prolongé sans jamais manquer d'eau. De là-haut, en regardant les dix-neuf portes et les innombrables tours de guet qui ponctuent les remparts, je comprends pourquoi ce fort n'a, dit-on, jamais été pris de front.
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