Notre expérience à Nagarhole et Bandipur
Le jeep part avant le lever du soleil, et pendant les premières minutes, je ne vois pas grand-chose : une brume basse traîne au-dessus des eaux du lac de barrage de Kabini, qui sépare les parcs de Nagarhole et de Bandipur. C'est justement cette rivière-réservoir qui rend ce coin des Ghâts occidentaux si particulier : en saison sèche, elle attire des troupeaux entiers d'éléphants qui viennent s'y abreuver et s'y baigner, et notre guide coupe le moteur pour les laisser approcher, un jeune mâle en tête, sans se presser.
Un peu plus loin, le silence de la forêt est rompu par le cri d'alarme d'un langur, perché haut dans un arbre : mon guide se tait immédiatement et scrute la végétation dense au bord de la piste. On ne verra pas de tigre ce matin-là — ces deux parcs, qui font partie avec Mudumalai et Wayanad de la grande réserve de biosphère des Nilgiri, comptent une population de tigres, de léopards et de dholes (les chiens sauvages indiens) parmi les plus denses du sud de l'Inde, mais rien n'est jamais garanti — et c'est justement cette tension, cette écoute permanente de la forêt, qui rend chaque safari différent du précédent.
L'après-midi, je change de perspective en embarquant sur un bateau pour une sortie sur le lac lui-même : depuis l'eau, les rives couvertes de forêt paraissent presque intactes, et des groupes de cerfs chital viennent boire sans se soucier de notre présence. Nagarhole, créé en 1983 et devenu réserve de tigres en 2003, et Bandipur, plus ancien puisque fondé en 1974, forment ensemble une des plus vastes étendues de forêt protégée de toute l'Inde péninsulaire.
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