Notre expérience à Shravanabelagola
Je monte pieds nus, comme tous les pèlerins, les 620 marches taillées dans la roche de la colline de Vindhyagiri. Aux heures chaudes de la journée, la pierre brûle sous mes pieds et je comprends pourquoi certains visiteurs louent, en bas, de petites chaussettes en tissu pour l'ascension. À mi-parcours, je m'arrête pour souffler à l'ombre d'un des sanctuaires jaïns (basadis) qui jalonnent le chemin, et c'est seulement dans les dernières volées de marches que la statue apparaît vraiment, d'abord les pieds, puis le visage, immobile et un peu plus grand à chaque pas.
La statue de Bahubali, aussi appelée Gomateshwara, mesure 17 mètres et a été taillée vers 983 dans un seul bloc de granit, sur l'ordre d'un ministre du nom de Chamundaraya — c'est, encore aujourd'hui, la plus haute statue monolithique du monde. Debout à son pied, je remarque les détails que les photos ne rendent jamais bien : les termitières sculptées qui s'enroulent autour de ses jambes, les lianes de pierre qui grimpent le long de ses bras, symboles des années de méditation immobile qu'aurait tenues ce prince jaïn devenu ascète. Le silence du lieu — on parle peu, ici, même les groupes — contraste avec l'agitation des marchés indiens que je viens de traverser en bas.
Un pèlerin croisé sur les marches me raconte la Mahamastakabhisheka, la cérémonie d'onction de la statue avec du lait, du safran et de la poudre d'or, qui n'a lieu que tous les douze ans environ et attire alors des centaines de milliers de fidèles jusqu'à ce sommet habituellement paisible.
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