Notre expérience à Srirangapatna
Je traverse le pont qui mène à Srirangapatna sans vraiment réaliser, au premier abord, que je suis en train de passer sur une île : c'est la rivière Cauvery, qui encercle entièrement le site, qui faisait de cette place forte une position presque imprenable. Tipu Sultan, qui en avait fait sa capitale, avait fait appel à des ingénieurs français pour renforcer les murailles face aux canons anglais — je marche un moment sur les remparts, en essayant d'imaginer le siège de 1799 qui allait pourtant lui coûter la vie.
À l'intérieur de l'enceinte, je retrouve un calme presque monastique, très différent de l'agitation de Mysore à quelques kilomètres de là. Le temple de Ranganathaswamy, dédié à Vishnu, occupe le cœur du fort : c'est l'un des cinq sanctuaires sacrés du Pancharanga Kshetram, et sa construction remonterait, selon la tradition, aux largesses du roi hoysala Vishnuvardhana. Un peu plus loin, un simple obélisque marque l'endroit exact où Tipu Sultan est tombé, le 4 mai 1799, lors de la prise de la ville par les troupes britanniques — un lieu sans emphase particulière, qu'on pourrait presque manquer si on ne le cherchait pas.
Je termine par le Gumbaz, juste à l'extérieur des remparts : ce mausolée construit en 1784 par Tipu Sultan lui-même, en hommage à son père Hyder Ali, abrite aujourd'hui les tombes des deux hommes et de la mère de Tipu. Les portes en ébène incrustées d'ivoire, encore en place, gardent une finesse que le dôme massif ne laisse pas deviner de l'extérieur. En sortant, je repense à ce contraste entre la puissance martiale du fort et la délicatesse presque intime de ce dernier lieu de repos.
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